Bruce Springsteen We Shall Overcome The Seeger Sessions 2006

Publié le par mikael bourbon

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La Chronique du Site Musical Jam
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Attention : Album à manier avec précautions, beaucoup de précautions (Ames sensibles s’abstenir)

Si la vue d’un banjos vous donne envie de vomir, si le son du crincrin vous fait hurler à la lune, si le claquement joyeux de 2 cuillères sur une cuisse dodue provoque chez vous une crise de folie passagère et si les noms de Dolly Parton, Patsy Cline, Crystal Gayle ou encore Willy Nelson, Merle Haggard et autre Kenny Rodgers déclenchent une épouvantable éruption de pustules malodorantes sur la partie fessière de votre individu, il n’y a pas à en douter, vous n’aimez pas, mais vraiment pas la country et/ou la folk music américaine… Mais si l’écoute de « The River » vous plonge dans un état extatique profond, que « Red Headed Woman » vous a fait épouser une rouquine, que vous avez fait de « Born in the USA » l’hymne national de votre lotissement et que, bien que votre voiture ne soit pas une Cadillac, vous l’ayez peinte en rose, c’est que vous aimez, le mot est faible : Bruce Springsteen, « ZE Boss » pour les intimes.

Alors vous êtes mal…. Très mal…. Et vous le savez ! :o) Car IL vient de sortir un nouvel album…

...Et que définitivement, cet album « We Shall Overcome » malgré le fait que ce soit LE BOSS qui y pousse la ritournelle (ce qui, plus que toutes les autres choses citées plus haut, vous plonge dans la plus profonde des afflictions, voire un état quasi suicidaire tant vous exécrez le folk et la country music américaine alors que vous idolâtrez le sol sur lequel marche Springsteen…) N’EST VRAIMENT PAS POUR VOUS !! (Beaucoup trop d’effets secondaires viendraient à bout de votre santé mentale déjà bien attaquée depuis l’horrible nouvelle : Le Boss a abandonné le rock et chante… de… de… de la co… du… coun… country BEUARK !!! :o)

Et c’est là que vous avez TOUT FAUX !!!! :o) Si, Si !! Ce n’est absolument pas BEUARK !

Ce 21ème opus est un vrai bonheur à écouter. Il tourne pendant que j’écris (en tapant sur les touches en mesure « Hiiiyaahhh !!! ») et j’ai les pieds qui dansent, incontrôlables, sous le bureau, c’est vous dire !!! :o)
Contrairement à vous, j’ai de la chance : car si j’adore Springsteen, il se trouve que j’aime aussi beaucoup la musique folk américaine. Les deux réunis ne pouvaient que me ravir et c’est exactement le cas. Ce style de répertoire colle parfaitement à la voix rocailleuse de l’ami Bruce et il se coule dans les partitions de Pete Seeger comme si elles avaient été écrites pour lui, alors que chanter et jouer les mots et la musique d’un autre est un exercice totalement inédit chez Le Boss. Une première ! Je vous entend hurler d’ici : OK !! Mais POURQUOI, POURQUOI fallait-il que ce soit du f… fo… folk nom d’là ????

Ben pourquoi pas ?? :o) Redevenons sérieux un instant, si, si…

Prenez quelques minutes et allez jeter un œil sur la bio dudit Pete Seeger , né en 1919 - cliquez ici pour en savoir plus, et vous comprendrez de suite pourquoi Le Boss l’a choisi LUI. Ce n’est pas un hasard du tout. Seeger-Springsteen même combat !
Ne pas oublier que tout comme Seeger, Springsteen, même si on en parle moins que Bono, fait parti de ces artistes qui se sentent une certaine responsabilité en tant que tel, et est engagé dans de multiples actions caritatives, a participé au « Vote for a change » contre Bush. Il est aussi actif auprès de Amnisty International, du mouvement de soutien des vétérans du Vietnam, contre le nucléaire etc…

Issu d’un milieu modeste, la plupart des textes de Springsteen ont comme sujet récurrent l’homme (la femme) et son combat perpétuel pour la vie. Comme dans les chansons popularisées par monsieur Pete Seeger (je dis bien « popularisées » car Seeger ne les a pas toutes écrites, loin s’en faut, certaines sont très anciennes. Il les a ressortit de l’oubli, de leur poussière et remises au goût du jour, tout en leur conservant leur essence première), on y retrouve tous les grands thèmes : chômage, racismes, lutte des classes, exploitation de l’homme par l’homme, guerre et bien sur l’éternelle recherche de l’Amour et du Bonheur. Jusque là, Springsteen avait, à part quelques excursions plus personnelles comme « Nebraska » ou « The ghost of Tom Joad » et dans une moindre mesure « Devils & Dust », utilisé comme arme de combat rapproché : LE ROCK !!
Et voilà qu’arrive « We Shall Overcome » …. L’ovni dans la planète musicale du Grand Bruce :o)

Ce 21ème album du Boss reprend 13 titres du grand Seeger, figure emblématique de la « protest song » dans les années 50 et 60. On retrouve dans ses œuvres tous les grands courants musicaux folkloriques venus d’Europe avec les émigrants, sans oublier l’Afrique avec les esclaves, et qui, après de multiples brassages et métissages, ont donné ses titres de noblesse à la musique américaine. Aucune des chansons choisies n’est vraiment innocente. Par exemple la ballade irlandaise : « Mrs McGrath » est une chanson profondément anti-guerre et sa publication d’origine remonte à 1815. « Shenandoah », très lente et mélancolique, reflète le mal du pays des pionniers et date du début du 19ème siècle. Encore plus fort « Froggie went a courtin’» est un traditionnel écossais datant de….. 1549 !!!
La douce et délicate « We Shall Overcome » (1930) est une “protest song”, LA chanson porte-étendard de la défense des droit civils US, tout comme «O Mary don’t you weep » (un superbe Négro spiritual) ou « Eyes on the prize » (un gospel)….

Je ne résiste pas au plaisir de vous offrir les paroles de : « We Shall Overcome »

1.
We shall overcome
We shall overcome
We shall overcome some day
CHORUS:
Oh, deep in my heart
I do believe
We shall overcome some day
2.
We'll walk hand in hand
We'll walk hand in hand
We'll walk hand in hand some day
(CHORUS)
3.
We shall all be free
We shall all be free
We shall all be free some day
(CHORUS)
4.
We are not afraid
We are not afraid
We are not afraid some day
(CHORUS)
5.
We are not alone
We are not alone
We are not alone some day
(CHORUS)
6.
The whole wide world around
The whole wide world around
The whole wide world around some day
(CHORUS)
7.
We shall overcome
We shall overcome
We shall overcome some day
(CHORUS)


Etc. etc…. je ne vais vous faire le descriptif de chacune d’entre elle et vous laisse le plaisir de la découverte. Plongez-vous dans les textes fort beaux et toujours, hélas d’actualité. Avec un tel répertoire, majoré de la « Springsteen’s touch », eh oui ! Il n’a pas pu s’empêcher à son tour de donner un (petit) coup de plumeau supplémentaire, Le Boss est comme un poisson dans l’eau et cela s’entend tout du long de cet album tout à la fois léger, joyeux, magnifiquement humain et qui a aucun moment ne sombre dans une quelconque ringardise. Chose facile avec la country music quand elle est mise entre de mauvaises mains.

Enregistré en 3 sessions live : 1997, 2005 et 2006, et, si on en croit les photos, chez lui dans son salon (!) cet album est d’une fraîcheur extraordinaire, loin des grosses productions habituelles. Et qu’un artiste comme Springsteen se lance dans une telle entreprise me touche tout particulièrement. Il est clair à l’écoute de cet album, qu’il s’est bien éclaté. A travers ce retour aux racines profondes de la musique américaine et aussi des siennes propres (Springsteen a des origines hollandaises et irlandaises côté paternel et italiennes côté maternel) on le sent, j’oserai dire, comme libéré. Lisez la note d’intro de la main du Boss sur le livret et vous comprendrez. Mais rassurez vous fans de tous poils, ceci n’est sûrement qu’une parenthèse comme Le Boss aime en faire.

Alors vous adhérerez ou pas, mais si vous loupez ça, dommage. Pour les autres, les curieux et les passionnés, les vrais : ENJOY !!! Ré-ga-lez-vous !!!! Moi en tout cas, je me régale :o) !

Sur cet album Le Boss s’est entouré d’une nombreuse troupe : Sam Bardfeld (violin), Art Baron (tuba) Frank Bruno (guitar), Jeremy Chatzky (upright bass), Mark Clifford (banjo), Larry Eagle (drums and percussion), Charles Giordano (B3 organ, piano and accordion), Ed Manion (saxophone), Mark Pender (trumpet), Richie "La Bamba" Rosenberg (trombone) and Soozie Tyrell (violin). Lisa Lowell, Patti Scialfa, Pender, Tyrell, and Rosenberg assurent aussi les backing vocals. Lui même n’est pas en reste et assure : guitare, harmonica, B3 orgue, percussion et les choeurs.

Petite info technique, cet album, sorti le 24/04, est présenté sous forme DualDisk, avec sur la face DVD 30 mns d’extraits filmés lors de l’enregistrement. Avec ce genre de format ET 2 faces actives, finie l’époque où l’on pouvait négligemment laisser traîner un cd hors de sa boite sur sa face « morte ».

Passons au DVD :

Visionné quelques temps après avoir écrit la chronique du cd, je dis : MERCI, MERCI pour ces 30mns de bonheur supplémentaires, rigoureusement INDISPENSABLES !!!!
Alors plusieurs choses :
1- Enfin un DVD musical qui donne choix des langues et des sous-titres. Avec l’accent, comment dire… hem ! Très prononcé de Springsteen, ils sont les bienvenus;
2- Je confirme, l’enregistrement a bien eu lieu dans son (fort cosy) salon;
3- C’est un plaisir de voir travailler un artiste comme Springsteen de cette façon.

Car si, effectivement, le tout s’est fait dans la joie et la bonne humeur, avec très peu de répet’, quelques arrangements jetés sur des feuilles éparses, la concentration, elle, est bien là. Il suffit d’observer les yeux de Springsteen quand il écoute les différents instruments se mettre en place. Elle est là, totale, pour ne pas dire absolue, et quand d’un coup, guitare en main, il se jette dans la mêlée c’est tout simplement formidable à voir.
Au fil de ces 30mns Le Boss « cause » aussi. Il parle de la folk music, de son influence sur son propre travail et d’autres choses que vous découvrirez par vous-même. Le DVD se termine par la très mélancolique chanson
« Shenandoah », qui filmée à la lueur des bougies, m’a curieusement plus émue que la version audio. Le poids de l’image ? Je ne sais pas…

1- John Henry
2- Pay Me My Money Down
3- Buffalo Gals (bonus)
4- Erie Canal
5- O Mary, Don't You Weep
6- Shenandoah

Et pour conclure, une anecdote : Seeger a écrit quelques pages plus « pop » pour des artistes US peu connus en France, dont une, immortalisée chez nous : « If I had a hammer », traduisez « Si j’avais un marteau »… Ca vous ne parle pas ? Mais si voyons… Claude François, notre Cloclo national, nous en a farci les oreilles en 1962.

« Si j'avais un marteau
Je cognerais le jour
Je cognerais la nuit
J'y mettrais tout mon coeur
Je bâtirais une ferme
Une grange et une barrière
Et j'y mettrais mon père
Ma mère, mes frères et mes soeurs
Oh, oh, ce serait le bonheur. » etc. :o)

Et pour les curieux, 2 liens, le 1er sur la vallée de Shenandoah en Virginie, un des haut lieux de colonisation par les premières vagues d’émigrés européens au 18eme siècle : cliquez ici
Et le 2ème sur une artiste amérindienne du même nom : cliquez ici


Tracklists
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1. Old Dan Tucker

2. Jessie James

3. Mrs. McGrath

4. Oh, Mary, Don't You Weep

5. John Henry

6. Erie Canal

7. Jacob's Ladder

8. My Oklahoma Home

9. Eyes On The Prize

10. Shenandoah

11. Pay Me My Money Down

12. We Shall Overcome

13. Froggie Went A-Courtin'

Bonus Tracks:

Buffalo Gals

How Can I Keep From Singing

American Land edition additional tracks:

Bring 'Em Home

How Can A Poor Man Stand Such Times And Live

American Land

Publié dans Discographie

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