paris bercy 20 juin 2005

Publié le par mikael bourbon

Pour cet unique concert en France, le Boss a une fois de plus mis à l'honneur le fameux triplé All I'm Thinkin' About / I'm on Fire et Reno au milieu du set. Trois chansons, suivies de Point Blank (à la demande d'un fan semble-t-il) et de Mary's Place. Mais le meilleur était à venir avec le surprenant retour de Cadillac Ranch au début des rappels, une version quasi méconnaissable, tout comme l'est Ramrod durant cette tournée acoustique.
Dans la foulée, Bruce a été rejoint par l'excellent Elliot Murphy pour Better Days, même si l'on peut déplorer qu'Elliot ne fut pas en mesure de montrer toute l'étendue de son talent sur cette chanson. Il semble néanmoins que cette venue en guest du grand Elliot soit devenue un rituel pour les concerts du Boss à Bercy (il était déjà là pour la tournée Tom Joad en 1997 et en juin 1999 pour le Reunion Tour).
A noter aussi le clin d'œil vachard à George Bush avec l'interprétation de Part Man, Part Monkey. But, it's so hard to be a saint in the Seine City…

Setlist 20/6: My Beautiful Reward** / Reason to Believe / Devils & Dust / Empty Sky / Long Time Comin' / Silver Palomino / The River* / Real World* / Part Man, Part Monkey / All I'm Thinkin' About / I'm on Fire / Reno / Point Blank* / Mary's Place* / Racing in the Street* / The Rising / Further On (Up the Road) / Jesus Was an Only Son* / This Hard Land / The Hitter / Matamoros Banks // Cadillac Ranch / Better Days (met Elliott Murphy) / Land of Hope and Dreams / The Promised Land / Dream Baby Dream** = piano, ** = orgel,

compte-rendu des inrocks

Huit ans après "The Ghost of Tom Joad", Bruce Springsteen repart sur les routes en solitaire et passait non plus au Zénith mais à Bercy. Les craintes inspirées par les proportions de la salle furent vite dissipées. Le boss possède les épaules, le coffre et le répertoire suffisamment costauds pour habiter seul une arène de 15 000 places et la transformer en théâtre intimiste. Sans compter que son public est prêt à le suivre au doigt, à l’œil et au médiator près. L’appréhension de quelques longueurs devant l’austérité du programme (deux heures et demie seul sur scène) s’est également vite oubliée : par rapport au Tom Joad Tour, le Bruce a varié l’instrumentation et les arrangements. Orgue, grand piano, petit piano Honky Tonk et une infinie variété de guitares (une véritable expo vintage) ont aidé le boss à tisser une tapisserie musicale riche et nuancée. Springsteen a aussi appris à jouer du micro comme d’un instrument en soi, l’utilisant parfois comme un cinéaste use de la profondeur de champ, s’éloignant ou se rapprochant, créant des variations d’intensité ou d’échos assez bluffantes. Mais l’essentiel demeure les chansons : un mix des toutes dernières, rehaussées par l’incarnation live ("Devils & Dust", "Matamoros Banks", "The Hitter" deviennent instantanément de nouveaux classiques) et de pépites extraites de toutes les strates du répertoire et repolies à volonté ("The Promised Land" méconnaissable, tout ralenti et désossé, "Point Blank" et "Racing in the Streets" à faire pleurer les morts, un "Cadillac Ranch" amaigri et véloce à faire danser les morts…). Ces histoires d’onc’ Bruce se sont conclues par une reprise tout bonnement géniale du "Dream baby Dream" de "Suicide". Springsteen a toujours été bifide, moitié George Lucas moitié Monte Hellman. D’un côté, le chef de bande enjoué capable de lever les foules avec ses hymnes chromés comme des Chevrolets. Ce soir-là, c’était l’autre Bruce qui officiait, le cowboy taiseux et mélancolique qui vous murmure ses versets désenchantés de l’Amérique ordinaire au creux de l’oreille. Mais même celui-là reste capable de sourire et de soulever Bercy d’un coup de médiator. Tant que Springsteen donnera de tels concerts, en se renouvelant dans la continuité et l’intensité, il durera. Et notre admiration aussi.

Serge Kaganski
29 juin 2005


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