Bruce Springsteen Stade de France 24 mai 2003

Publié le par mikael bourbon



Sat 24 May 2003
Paris(France) - Stade de France
1 Who'll stop the rain
2 The rising
3 Lonesome day
4 The ties that bind
5 My love will not let you down
6 Trapped
7 Empty sky
8 You're missing
9 Waitin on a sunny day
10 Be true
11 Promised land
12 Worlds apart
13 Badlands
14 Out in the street
15 Mary's place
16 Jungleland
17 Into the fire
18 Bobby Jean
19 Ramrod
20 Born to run
21 Seven nights to rock
22 My city of ruins
23 Land of hope and dreams
24 Dancing in the dark

LE COMPTE RENDU DU JOURNAL LE MONDE

Bruce Springsteen, un gladiateur dans l'arène du Stade de France

LE MONDE - 26.05.03 - 14h06

Bruce Springsteen & The E. Street Band, Stade de France, Saint-Denis, le 24 mai 2003

La précédente tournée de Bruce Springsteen, le Tom Joad Tour,s'était arrêtée à Paris au Palais des congrès en 1996. Le rocker du New Jersey s'était alors transformé en folksinger de la Grande Dépression, seul avec une guitare sèche et un harmonica, pour un moment de recueillement inoubliable. Samedi 24 mai, pendant que Neil Young, à son tour, se présentait dans la salle de la porte Maillot, Springsteen retrouvait l'ivresse des arènes en découvrant le jardin de Zinedine Zidane.

Il y a huit mois, le concert donné par le chanteur américain et son groupe historique, le E. Street Band, au Palais omnisports de Paris-Bercy (Le Monde du 16 octobre 2002), n'avait évidemment pu satisfaire toutes les demandes. A Saint-Denis, les gradins du Stade de France étaient clairsemés samedi soir, la pelouse foulée aux deux tiers, mais 50 000 spectateurs tout de même avaient répondu présent pour cette date unique.

Lourd de nuages, le ciel se fâche quelques minutes avant l'entrée en scène des artistes. Bruce Springsteen s'adapte aux caprices météorologiques : en offrant une reprise impromptue de Who'll Stop the Rain (qui arrêtera la pluie), standard de Creedence Clearwater Revival, il manifeste autant son sens de l'humour que sa solidarité avec ses fans, trempés jusqu'aux os sur la pelouse. Souvent interprétée comme une protestation contre les tapis de bombes au Vietnam, la chanson avait en fait été écrite par John Fogerty... en souvenir des trombes d'eau qui s'étaient abattues sur les festivaliers de Woodstock.

On renoue donc, au Stade de France, avec les joies du concert en plein air. Les averses, un écran vidéo qui rend l'âme le concert à peine commencé - il ressuscitera plus tard -, et la bouillie qui s'échappe des enceintes (Springsteen est venu avec sa troupe au complet, soit dix instruments à sonoriser). Mais les hésitations du concert de Bercy, empreint d'une douleur post-11 septembre après la parution d'un album (The Rising), racontant des destins brisés par la catastrophe, se sont envolées.

CASSE-COU ENTHOUSIASTE

Manifestement galvanisé par l'enjeu du gigantisme, le "Boss", accoutré comme un pirate (oreilles percées, bandana rouge au cou, gilet noir, bottes), a retrouvé son instinct de gladiateur. Peut-on faire preuve de plus d'abattage dans cette enceinte inhumaine ? De bonne volonté (il fera l'effort de s'exprimer en français, langue qu'il maîtrise aussi bien que le volapük) et d'enthousiasme ? Poirier sur le pied de micro, escalade du piano, courses à l'avant-scène, glissades, sans compter l'adresse aux nantis des gradins de bien vouloir lever leur séant.

Le E. Street Band a, lui, recouvré toute sa puissance de feu, notamment grâce à la réhabilitation du géant noir Clarence Clemons, prié d'emboucher son saxophone et non plus d'agiter son tambourin. Le choix du répertoire surprend, en sacrifiant les scies (Born in the USA, Hungry Heart) au profit de faces B (Be True) et de raretés (The Ties That Bind). La nuit tombe et l'effervescence monte. En rappel, le ballet d'hippopotames de Ramrod est subtilement allégé d'une magistrale leçon de boogie-woogie administrée par le pianiste Roy Bittan, avant une reprise aussi explosive qu'inattendue de Seven Nights to Rock, antique rockabilly interprété jadis par Moon Mullican. Après (presque) trois heures, Springsteen prouve, à 52 ans, qu'il n'est pas près de jouer pour les retraités de Las Vegas.


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Bruno Lesprit

Article paru dans l'édition du 27.05.03
Le Monde






































































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