L'Américain tranquille

Publié le par mikael bourbon

Propos recueillis par Steve Morse pour le Boston Globe

19 mai 2005
Traduit de l'anglais par Léonard Jordan

Sur la tournée Devils And Dust, Bruce Springsteen revisite son aspect festif
de poète populaire acoustique en raconteur d'histoires.


Après avoir mis de côté le E Street Band, son groupe plus rauque, de taille adaptée aux grandes salles, c'est un Bruce Springsteen jouant de la guitare, des claviers, de l'harmonica et même du banjo qui visite des petites salles sur sa tournée actuelle, tournée qui s'arrête demain au Orpheum Theatre pour une étape à guichets fermés. Le troubadour du New Jersey promeut actuellement un nouveau disque, Devils And Dust, qui remet au goût du jour la face acoustique, poète populaire de sa nature, que l'on avait préalablement entendue sur Nebraska (1982) et The Ghost Of Tom Joad (1995). Atteint au téléphone en milieu de semaine dans l'Ouest, Springsteen parle de politique, de la guerre en Irak et sur ses sentiments à l'heure de jouer au Fenway Park.

Vous êtes à Cleveland. N'est-ce pas dans cette ville où vous aviez participé au dernier rassemblement pour John Kerry avant les élections ?
Oui, vous avez raison. Je n'avais même pas pensé à ça. Ça faisait une paie.

Parlez-vous encore à Kerry maintenant ?
Je l'ai vu depuis les élections mais juste brièvement. Partir en campagne a été quelque chose dont je me suis senti fier et j'ai rencontré beaucoup de personnes intéressantes. Il y a eu un tas d'espoir et d'idéalisme. Pendant la tournée Vote For Change, j'ai eu l'occasion de jouer avec quantité d'excellents musiciens, John Fogerty, Neil Young et Bright Eyes, entre autres. Ça a été juste une expérience musicale intéressante mais que puis-je dire ? J'aurais aimé voir ce qu'il serait advenu si John s'était fait élire. Pendant plusieurs semaines, je me suis dit "Wouah, que s'est-il passé ?". Ensuite, je suis passé à autre chose.

Récemment, vous avez déclaré sur scène avoir reçu, en guise de protestation, une boîte remplie de disques cassés avec, en plus, un poulet mort. C'est vraiment arrivé ?
Ouais, l'histoire du poulet mort, je l'ai un peu inventée (rires). C'était dans le contexte. Par contre, les disques cassés, c'est vrai. J'ai eu quelques échos directs qui me disaient que j'étais sur la corde sensible, mais c'est ce que je voulais.

Quelques personnes rapportent que vous êtes assez dur avec les spectateurs sur cette tournée. J'ai entendu que, si vous voyiez des téléphones cellulaires dans la salle, vous descendriez avec une tronçonneuse. De plus, on ne peut plus acheter à boire 10 minutes avant le concert ?
Je pense que les concessions existent depuis longtemps, mais j'essaie de présenter une certaine expérience. Je raconte ces choses - notamment au sujet de la tronçonneuse - avec humour mais tout y mêlant une dose de sérieux. Ça a un rapport avec le genre de musique que je propose. Le silence et les espaces entre les chansons renferment beaucoup de signification. Je ne pense donc pas être trop dur avec la foule. Ils savent à quoi s'attendre et je rencontre certaines de mes meilleures audiences au cours de cette tournée. Je pensais que le public de la tournée Tom Joad était bien mais l'actuel est encore meilleur.

J'ai vu de nombreuses critiques comparer ce nouvel album avec Tom Joad. Qu'en pensez-vous ? Pour ma part, je trouve que Devils And Dust recèle plus d'espoir et d'optimisme.
J'ai écrit une grande part de ces chansons pendant et immédiatement après la tournée Tom Joad. Parce que ça avait été une si belle expérience, je pensais que peut-être je ferais un autre album et que je continuerais à jouer en acoustique. Ensuite, nous avons travaillé à nouveau avec le groupe et c'est ainsi que 4 ou 5 années se sont écoulées. J'avais donc sur les bras ce matériel qui restait là en attente. Il y a beaucoup de similitudes avec Tom Joad du point de vue de la narration mais, un album tel que celui-ci, je ne l'avais jamais fait.

En ce qui concerne Devils And Dust, la chanson la plus récente que vous ayez écrite, quel genre d'échos avez-vous eus ? Des soldats vous en auraient-ils parlé ? Je pense que vous faites référence à l'Irak.
Oui. Je n'ai certes pas encore reçu de lettres de soldats, mais je garde toujours un œil sur mes mails. Ça peut être intéressant. Jusqu'à maintenant, j'ai eu des réactions diverses : quelques personnes fâchées… les deux faces de la médaille, en fait.

Quelle est votre opinion actuelle sur la guerre en Irak ? Que pensez-vous de la situation présente ? Vous avez pris une approche vraiment humanitaire dans la chanson.
Je voulais aborder le point de vue du soldat jeune qui est placé dans une situation où chaque décision est lourde. Vous devez prendre ces décisions vitales incroyablement importantes et vous devez les prendre tout de suite. La guerre en Irak continue d'être un grand gâchis et je l'ai vécue auparavant en tant que jeune garçon.

La chanson la plus incroyable, à mon avis, est Matamoros Banks dans laquelle vous remontez le cours de la vie d'un immigrant de sa mort jusqu'à un moment plus heureux de sa vie. D'où vous est venue l'idée ?
Je l'ignore. Je crois que j'ai écrit le dernier couplet (The river keeps you down) en premier, ce qui devait être normalement la conclusion. Ensuite, je me suis demandé la direction que je devais emprunter après un premier couplet si puissant. Si ce n'était pas en avant, je ne pouvais que remonter dans le temps. Ça s'est fait tout seul, en quelque sorte. Je ne pense même pas avoir voulu en faire le dernier couplet. Dès le début, ce vers (The river keeps you down) s'est imposé de lui-même comme un vers initial. Dès que vous l'entendez, vous êtes dans la chanson.

Qu'en est-il de la chanson Reno sur la prostituée ? J'ai entendu que Starbucks avait refusé de distribuer l'album dans ses points de vente à cause de cette chanson.
Ouais, toute cette histoire avec Starbucks est totalement disproportionnée. Nous en avons parlé quelque peu mais ce n'était vraiment pas grand-chose et je ne me suis jamais senti offensé à cause de cela. Il ne s'agissait que d'un album qui ne leur convenait pas et cela ne me dérange pas.

Et maintenant, le E Street Band. Qu'en est-il ?
Je dispose de plusieurs chansons dans mon carnet à l'heure actuelle et je pense commencer à les répéter et nous jouerons à nouveau ensemble. Je ne sais pas si je le ferai tout de suite, mais j'espère en tout cas que ça sera dans un proche avenir. J'adore jouer avec le groupe et j'adore aussi faire ce que je fais maintenant.

Avez-vous entendu que les Rolling Stones allaient jouer au Fenway Park cet été ? Il y a deux ans, vous y étiez également passé.
La différence est que le prix de 10% des tickets des Stones est de 453 $ (pour Springsteen, c'était 75 $).

Vraiment (rires) ? Je suis sûr qu'ils passeront un très agréable moment ici. Tout ce que je peux vous dire, c'est que ça a été un des concerts les plus mémorables de toute notre vie. Tout d'abord, ce qu'il y avait dans l'enceinte même était incroyable. Le public était fou et les rues étaient remplies d'enfants, de fans. Je n'avais jamais rien vu de tel dans une ville américaine. Nous avons vécu un sacré bon moment et je remercie encore une fois les fans de Boston.



Boston Globe
Steve Morse, Globe Staff, 19 mai 2005
Traduit de l'anglais par Léonard Jordan

Publié dans Presse and Interview

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