Born in the Usa ou L'anniversaire avec les copines Cath a vite choisit

Publié le par mikael bourbon


Un matin, en cours de maths, je n'avais rien d'autre à faire, assise au fond de la salle, que de regarder les filles de ma classe.
A cette période, j'étais extrêmement médisante ( <=== et le prochain qui dit que j'ai pas changé ... ben, il aura raison ! )... donc, j'étais extrêmement médisante et aucune fille de ma classe n'avait grâce à mes yeux.
Elles ne se préoccupaient que de pouffiasseries et autres pouffioteries et je les trouvais futiles. Loin de moi l'idée de me croire supérieure, mais quand je les regardais ( or, ce jour-là, justement, je les regardais ! ), je n'avais pas envie de faire partie de leur monde, de porter les mêmes fringues qu'elles et de m'extasier devant la gueule du chanteur de A-ha !

Donc, ce jour-là, je les regardais. Il y avait la grosse Valérie qui attachait ses cheveux avec de gros noeuds en ayant soin de les laisser en bataille sur le devant, comme si elle n'avait pas passé 4 h devant sa glace, mais s'était au contraire dépêchée de mal se coiffer pour faire style ...
Il y avait Isabelle, la première de la classe, qui portait autour du poignet 75 caoutchous noirs, des crucifix aux oreilles et du rouge à lèvres rouge vif qu'elle complètait en se dessinant une mouche au crayon au-dessus des lèvres : HORRIBLE !

Il m'apparut soudainement qu'avec mon jean, mes bottes et mon t-shirt tout nase, j'étais bien loin de tout ça ! ( mais je rassure ceux qui à cette lecture pourraient s'offusquer, la différence était déjà présente dans des tas d'autres domaines !)
A la sortie du cours, elles parlaient du prochain album de la DIVA : MADONNA. On devait être en 86 et Madonna sortait "True Blue" avec un premier single intitulé "Papa don't preach".

Une des pouffs m'invita à son anniversaire à la sortie de ce fameux cours de maths. ( ouéééééééé, trop fort ! j'étais quand même populaire auprès des pouffs !!! )
Heureuse de faire malgré tout partie du clan ( et c'était pas le clan des Mac Leod, pourtant ! ), je m'empressais d'aller à la Fnac pour acheter le dit cadeau de la jeune fille.

Et ce jour-là, ma vie bascula.

Je n'ai jamais acheté l'album "True Blue".

Je me suis arrêtée au rayon "international" en admiration devant la pochette d'un album ... et la pulsion de l'acheter, bien que je ne sache rien de son interprète ou de son contenu, fut plus grande que tout.

Sur la couverture : un mec, un jean, sa casquette dans la poche et le drapeau américain devant lui.
J'aimais l'Amérique pour ne l'avoir découverte qu'au cinéma, que dans le cinéma de minuit, dans le ciné-club ou dans la dernière séance d'Eddy Mitchell et l'image que je me faisais de l'Amérique était en technicolor, projetée sur un écran blanc.
Mon Amérique à moi, c'était celle de la réussite, du rêve, de la liberté, de la grandeur, de la démesure, des batisseurs et des conquérants ... c'était l'Amérique de John Ford et de de Palma ... quelque part entre Henry Fonda et Gary Cooper, entre Pacino et Brando, entre Don Corleone et Scarlett O'Hara.

Quand je suis rentrée chez moi, j'ai téléphoné à la fille, prétexté un repas de famille quelconque et je ne suis pas allée à son anniversaire.

Je suis restée chez moi tout le week-end à écouter Born in the USA et à traduire les paroles de l'album.
Jamais, je n'avais ressenti ça.
Jamais, on ne m'avait parlé en musique.

Ce clash, au cinéma, je l'avais rencontré. En musique, c'était la première fois.
C'était la première fois qu'une voix me soulevait de terre et me parlait directement.
C'était la première fois que je rencontrais des textes intelligents, complexes : des chansons qui racontaient une histoire, un destin, qui parlaient d'autres choses que de "baby, I love you, i want u, yeaaaaaaah" ... et je crois que quelque chose s'est opéré en moi durant ce week-end.

Je n'ai presque plus jamais rien eu à dire aux filles de ma classe et l'album "Born in the USA", je l'ai trainé dans tous les cours de collège et de lycée, me délectant ( en maths, en sciences nat, en physique ) à l'écouter, à le réécouter au point d'en sortir les paroles sur mon bureau, directement devant mes profs ...

Je suis passée d'un modeste 10 à un 16 en anglais que j'ai maintenu jusqu'au bac, tentant à chacune de mes interventions d'imiter l'action de Bruce ... ravie que personne ne me comprenne et comblée que personne ne me suive sur le plan musical.

Entre Bruce et moi, ça a donc ( jusqu'à mon arrivée sur le Forum ) toujours été une histoire que nous avons vécu seuls.

Il y a de nombreux albums qui font partie de ma discothèque idéale ... et même si je ne l'écoute plus tellemen aujourd'hui, BORN IN THE USA reste une expérience unique et révélatrice pour moi.

Du reste, à jamais je serai quelque part derrière ce volant à regarder ma ville natale avant de partir pour un meilleur avenir ... Putain, Bruce, tu écris ma vie depuis des années !!!!

cath de spirit

Publié dans Retro et Souvenirs

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