Bruce Springsteen : né pour gratter la guitare par cyberpresse le 23/04/2006

Publié le par mikael bourbon

Will Hermes

La Presse

The New York Times

Asbury Park, New Jersey

Au moment où ses fans attendaient un nouvel album rock avec son fidèle E Street Band, Bruce Springsteen préparait un disque en hommage au folksinger légendaire Pete Seeger. Quelques jours avant la sortie de ce disque et le début d'une nouvelle tournée, le Boss s'explique.

C'est un bel après-midi frais d'avril. Sur Ocean Avenue, un client s'attaque à son dîner et à sa bière à une table du Wonder Bar, qui annonce un party de danse ce soir avec le DJ Jersey Joe.

Plus loin se trouve le Stone Pony, la boîte de nuit où le fils du pays, Bruce Springsteen, s'est fait un nom. Parmi les spectacles proposés, il y a celui de Nils Lofgren, guitariste au sein des collaborateurs de longue date de M. Springsteen, le E Street Band.


De l'autre côté de la rue se dresse le complexe Convention Hall-Paramount Theater, une structure majestueuse conçue dans les années 1920 par Warren & Wetmore, les architectes de la gare Grand Central. À l'intérieur du Paramount, qui a ouvert ses portes en 1930 avec un spectacle des frères Marx et qui montre son âge, M. Springsteen, 56 ans, est en répétition avec un nouveau groupe et il s'attaque à de nouvelles chansons.

" Est-ce qu'on a une intro pour celle-là? Non? " lance M. Springsteen aux 17 musiciens qui l'entourent sur la scène. " O.K., une-deux-trois-quatre! " Les musiciens se lancent dans John Henry, chanson folk qui raconte l'histoire d'un travailleur des chemins de fer et qui date du XIXe siècle. C e sujet est demeuré un puissant mythe aux États-Unis.

Springsteen lève une jambe, grimace et beugle dans le micro. Derrière lui, les violons de Sam Bardfeld et de Soozie Tyrell y vont d'un swing à la texane tandis que l'accordéon de Charles Giordano ajoute une touche cajune. Les cuivres, composés de membres de Miami Horns, associés du E Street Band depuis longtemps, font dans le style dixieland. Les autres membres du groupe tapent des mains et s'époumonent tandis que leur " boss " malmène sa guitare acoustique.


Un boucan du tonnerre


Les répétitions portent sur des versions d'autres classiques folk telles que la chanson d'ouvriers Pay Me My Money Down, les spirituals O Mary Don't You Weep et Eyes on the Prize, la ballade de guerre irlandaise Mrs. McGrath, dont le poids politique est compensé par une belle joie de vivre. Le groupe interprète aussi des versions remaniées de Johnny 99 et de Open All Night, de l'album de 1982 Nebraska, de Springsteen. Le groupe, qui comprend la femme de Springsteen, Patti Scialfa, et Marc Anthony Thompson (sous le nom de Chocolate Genius), fait un boucan du tonnerre, avec plein de rythmes croisés à l'emporte-pièce et de notes étrangères. On est loin de la musique folk pour cafés; c'est plutôt le genre folk d'aréna.

Ces chansons traditionnelles feront partie du nouveau disque de Springsteen, We Shall Overcome: The Seeger Sessions, une collection de chansons popularisées par le vénérable chanteur folk Pete Seeger, qui sera sur les tablettes le 25 avril. M. Springsteen et ce nouveau groupe de musiciens entreprennent une tournée européenne au début de mai, pour revenir en Amérique plus tard en mai et en juin. Auparavant, il présentera son nouveau matériel au Festival de jazz de La Nouvelle-Orléans, le 30 avril prochain.

Si vous entendez un grognement au loin, c'est peut-être l'écho de la réaction des fans de M. Springsteen à l'annonce de son deuxième projet consécutif loin de son style rock bien connu de même et du E Street Band. Depuis qu'il a lancé son dernier album avec le E Street Band, The Rising, en 2002, il a produit un album solo surtout acoustique, Devils & Dust, l'an dernier, et a relancé son classique de 1975, remasterisé, Born to Run.

En raison des dernières productions de M. Springsteen, certains fans s'interrogent non seulement sur l'avenir du E Street Band, mais aussi sur l'inspiration de l'artiste.

" Pas de problème, dit-il, j'écris tout le temps. J'aimais les chansons de Devils & Dust et je ne voulais pas qu'elles soient perdues. J'ai déjà écrit beaucoup de matériel pour un disque avec le E Street Band. J'attends juste le moment propice pour le produire. "

Tenant une grosse bouteille d'eau Fiji sur ses genoux, le chanteur jette parfois un regard au loin pendant notre conversation d'une heure, cherchant un mot, se rappelant le bon vieux temps dans le coin ou y allant de ses idées à propos de la musique folk.

Le projet The Seeger Sessions est né, explique-t-il, d'un groupe de chansons qu'il avait enregistrées en 1997 pour un album en hommage à Pete Seeger intitulé Where Have All the Flowers Gone, et produit par l'étiquette Appleseed.

Après sa tournée Devils & Dust, l'an dernier, il avait l'intention de s'accorder un repos et de lancer une suite à Tracks, un coffret de quatre disques lancé en 1998 et contenant des chansons moins connues ou inédites. Il a fait parvenir un paquet d'enregistrements à son imprésario de toujours, Jon Landau, et les deux ont convenu qu'il y avait quelque chose de spécial dans la première session Seeger.

" Chaque fois que j'en avais assez du projet sur lequel je travaillais, j'y revenais ", indique le chanteur en parlant de l'enregistrement de cette session.


Le poids culturel


M. Springsteen parle aussi de la difficulté de s'attaquer à des chansons qui ont acquis un tel poids culturel, telles que We Shall Overcome, qui fournit le titre au CD et qui a été un hymne des militants des droits civiques des années 60.

" Lorsque quelqu'un a suggéré de faire We Shall Overcome, je me suis dit: " Je ne peux pas faire ça ", raconte-t-il. Tout le monde connaît cette chanson symbole. Mais qu'était-elle avant qu'elle ne le devienne? Alors, je suis revenu en arrière, j'ai examiné la chose et je me suis rendu compte: " Oh, c'est une prière. Je peux faire cela. Je sais comment prier. "

S'il est un sujet que M. Springsteen semble réticent à aborder, sinon de façon abstraite, c'est l'aspect politique des chansons de The Seeger Sessions. M. Seeger, qui fêtera ses 87 ans le mois prochain, est évidemment un héros de la gauche, un musicien, un auteur-compositeur et un historien et collectionneur de chansons qui a été à l'origine de la renaissance de la musique folk aux accents politiques dans les années 50 et 60. Il s'est prononcé contre la guerre du Vietnam et est demeuré un militant, notamment pour les causes environnementales. " C'est là, dit M. Springsteen à propos de l'élément politique. Mais mon approche est d'abord musicale. Je ne l'ai pas abordé dans une perspective idéologique, ou avec l'idée de démontrer ceci ou cela. J'ai seulement choisi les chansons que j'aimais sur les disques de Pete. "

Publié dans Presse and Interview

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