Bruce Springsteen : le Springsteen qu'on n'attendait pas par cyberpresse le 23/04/2006

Publié le par mikael bourbon


Alain De Repentigny

La Presse

Prenez une pincée des soeurs McGarrigle, ajoutez un soupçon de Bottine souriante, incorporez une larme des Pogues, un doigt de musique tzigane ou zydeco et une belle louche de dixieland et vous n'aurez encore qu'une petite idée de ce que nous a préparé Bruce Springsteen sur son nouvel album.

Au moment où les fans du Boss espéraient un disque rock avec son E Street Band, il surprend tout le monde en proposant pour la première fois de sa carrière un album qu'il n'a pas écrit, un disque en hommage à l'une des voix les plus influentes du XXe siècle américain, le folksinger Pete Seeger. Comme le veut la tradition folk, We Shall Overcome est d'abord et avant tout une relecture de chansons que Seeger a enregistrées, des pièces immortelles que la tradition a fait voyager dans le temps- et se transformer- sans qu'on en connaisse nécessairement les auteurs, et qui ont souvent été associées à des conflits ouvriers, raciaux ou sociaux.

Pour que ces grandes chansons ne soient pas oubliées, il faut qu'elles soient réactualisées, affirme Springsteen dans le making-of du DVD à l'endos de ce dual disc. Le Boss s'y emploie avec un orchestre d'une quinzaine de musiciens qui leur donnent de nouvelles couleurs. Là où le texte a toujours été prédominant et l'accompagnement sommaire, Springsteen injecte une bonne grosse dose vitaminée de musique, qui donne souvent le goût de danser. Comme l'a déjà fait la Bottine souriante, le Boss ajoute des cuivres- un peu plus dixieland que ceux de la Bottine toutefois- aux guitares, banjos et violons qu'on associe habituellement à ces chansons traditionnelles.


Ainsi, ce qui aurait pu n'être qu'un exercice académique se transforme en une joyeuse virée musicale. La plupart des 13 chansons- et les deux autres qu'on trouve du côté du DVD- ont été enregistrées en trois jours, sans véritable répétition. L'auditeur est happé par l'entrain contagieux de cette musique créée sur le vif et il entend même le Boss diriger son orchestre.

Si on reconnaît la voix éraillée de Springsteen qui mord dans le texte (John Henry, Old Dan Tucker) ou cet accent nasillard qu'il a perfectionné au fil de ses albums solos, c'est tout en douceur qu'il nous sert We Shall Overcome, l'hymne par excellence du genre protest-song, un grand moment d'émotion. J'ai aussi craqué pour la superbe ballade irlandaise anti-guerre Miss McGrath, et la très belle chanson gospel Eyes on the Prize.

Un seul bémol: ces chansons qui font partie du patrimoine américain et anglo-saxon, du XVIe siècle écossais (Froggie Went a Courtin') aux années 60 états-uniennes (My Oklahoma Home), n'ont pas la même résonance à nos oreilles et il vous faudra quelques écoutes pour que leur charme opère vraiment.

+ L'énergie contagieuse
- Des chansons moins connues chez nous

Publié dans Presse and Interview

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