we shall overcome revue par zicazine

Publié le par mikael bourbon

L’envie d’allumer le feu de camp, de chanter et de furieusement battre la semelle est démangeante, et laisse augurer du meilleur en ce qui concerne la tournée qui démarre ces jours-ci. Bien sûr, les fâcheux-puristes se lamenteront de l’absence de textes originaux, de voir le E-Street Band réduit à sa portion congrue en la personne de Soozy Tyrell, inspiratrice de ce projet et qui officie archet en main aux côtés de la douce voix de Patty Scialfa, et passeront à côté de ce qui n’est ni plus ni moins qu’un voyage dans le temps, et un cours d’histoire de la musique américaine qui aurait oublié d’être prétentieux.
Oui, le rock prend ses racines dans une musique appelée blues, née dans l’humidité moite du détroit du Mississipi de parents noirs américains qui faisait chanter leur foi en Dieu dans une musique qui portait le nom d’Evangile. Après nous avoir parlé d’une Amérique en déclin, après avoir chanté ses peurs et la détresse de la working-class, Springsteen nous rappelle que le Rock’n’Roll, qui a aussi eu son parfum de musique de la liberté de ce côté-ci de l’Atlantique, est né d’un autre combat pour les droits égaux de toute une population, sans distinction de couleur de peau.
On ne peut que louer l’audace d’un artiste qui à 56 ans, enchaîne une tournée dans les grands stades où il chante un album à la connotation résolument politique, dans lesquels les héros de la classe ouvrière ont laissé leur place aux cicatrices du 11 septembre, avec une tournée de chansons acoustiques qui parle de cowboys et de boxeurs, pour nous livrer en 2006 un morceau de plaisir d’artiste entre copains qui ne met pas pour autant de côté une conscience et une responsabilité sociale solidement ancrée dans les racines de son pays.
Certes, les Seeger Sessions n’offriront pas aux fans les story-songs et les personnages forts de la mythologie traditionnelle de Springsteen. Mais si ils font l’effort de tendre l’oreille, de se laisser prendre par le rythme et l’émotion d’une musique centenaire, le voyage qu’ils entreprendront risque de se révéler aussi passionnant : des bateliers du Mississipi aux chœurs des églises du sud, des immigrés irlandais aux bandits de grands chemins, et des comptines joyeuses aux protest-songs, c’est tout le souffle épique d’un pays qui s’est perdu en route qu’ils retrouveront.

Publié dans Presse and Interview

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