We Shall Overcome (The Seeger Sessions) revue par les inrocks

Publié le par mikael bourbon

Les springsteeniens – et les autres – le savent, c’est lorsque le Boss ausculte l’Amérique jusque sous les aisselles qu’il est le plus pertinent. Cette entreprise, parce qu’elle n’est pas toujours très ragoûtante, Springsteen avait jusqu’ici pris l’habitude de l’exécuter seul, avec une guitare, pour deux de ses albums à juste titre les plus acclamés, Nebraska et The Ghost of Tom Joad.

Avec We Shall Overcome (The Seeger Sessions), entamé en 1997 alors qu’il mettait en musique quelques textes du folk singer canaille Pete Seeger, le Bruce a choisi de se faire l’Amérique entre potes, en revisitant une série de traditionnels du terroir avec un groupe tout aussi traditionnel, formé autour de Soozie Tyrell, (très occasionnel) violoniste du E-Street Band. On le sait, un voyage à plusieurs, c’est souvent moins intense qu’une bonne vieille balade solitaire. Mais on sait aussi que le Boss, c’est le Boss. Et lorsque, vêtu de cette chemise qu’on imagine forcément à carreaux, de son vieux jean et de ses bottes, il décide d’emmener sa troupe, des banjos et un accordéon sur les chemins de traverse de l’Oncle Sam, eh bien la mule fait oui de la tête en regardant passer le cortège.

Quelques grincheux reprocheront à l’équipée d’être un poil clinquante, de forcer parfois sur les cuivres (une vieille maladie de Springsteen, cela dit). Le Boss répondra que son pays est un grand pays et qu’on ne célèbre pas ses héros et ses petites histoires sans s’arrêter de temps à autre à un comptoir de l’Oklahoma ou du Tennessee, quitte à finir complètement pété, en chantant avec une pinte brandie au-dessus de sa tête. Et puis, et là personne ne nous contredira, l’Amérique n’est jamais aussi belle qu’avec une bonne gueule de bois. On n’attend donc plus maintenant que la prochaine tournée du Patron.  

Pierre Siankowski

Publié dans Presse and Interview

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